texte d’accompagnement du projet de danse contemporaine l’Après de Paul Grassin
sur le posthumanisme, la mutation et l’hybridité interespèce(en développement)




Le silence,
Le silence, le vide et l’obscurité. 

Qu’est-ce qui s’y cache ? 
Un mouvement, ou bien une hallucination ? 

Une impression de quelque chose, une esquisse, une respiration ? 
Une tentative ? 

Ce qui est bien quand on voit peu, quand on ne peut pas voir, c’est que l’on peut imaginer. 
Nos autres sens s’activent, notre esprit tente de relier les indices que l’on perçoit pour recréer un puzzle idéalisé, un fragment de vérité, une réponse à nos questions. 

Ici, le réel n’a plus sa place, les dimensions s’étirent, les imaginaires s’entrechoquent. 

Nous sommes à l’aube des possibles. 

Là où les étoiles s’alignent pour donner naissance à des entités nouvelles. 
Là où l’on ne distingue que des semblants d’illusions. 
Là où les règles du monde ne s’appliquent pas, où la science s’efface pour laisser place à ce qui ne pouvait pas être. 
Les êtres qui habitent cet espace illuminé sont des échos, des reflets, des ombres. 

Ils émergent, changeant de forme, de peau, de visage.
De doux mélanges impossibles, des chimères imprévisibles, des créatures de merveille. 


Puis, on croit reconnaître quelque chose. 

Une silhouette familière, presque humaine. 

Elle est un peu étrange, elle est bizarre, elle s’étire vers des contrées inconnues, elle se dresse contre les certitudes. 

Elle respire. 
Elle essaie de dire quelque chose. On ne comprend pas. 

Puis on se rappelle. 
La mutation l’a sans doute éloignée de nous. 
Elle fait partie de cel..leux qui changent.

Cel..leux qui, touché..es par le doigt d’une nature farceuse, subissent des transformations inattendues.

Magie du cycle biologique. 

On se confronte à l’autre. On s’étonne. 
On observe et on note les différences. 


Le doute s’empare de tout le monde. 

Cet..te autre, c’est quoi ?

Est-i..el né..e ainsi ? Est-i..el devenu..e ainsi ? Qu’a-t-i..el traversé pour se retrouver ici ?
Cet..te autre, ça pourrait être quelqu’un..e que j’ai connu ?
Qu’est-ce qu’i..el représente ?
Et qu’est-ce qu’i..el cherche à nous raconter ? De terribles histoires ? Des secrets enfouis ?

Cet..te autre, ça pourrait être moi ?

Quelque part, dans 5, 10, 1000 ans peut-être, qui sait, le hasard de la sélection naturelle pourrait tout faire basculer. 
C’est une question d’environnement. 

D’adaptation, apparemment. 

C’est peut-être aussi la Nature qui se venge. On lui aurait trop fait de mal. 

La chasse, la pêche, l’exploitation animale. 
Le pétrole, la fumée, la pollution.
Le plastique, le synthétique, le réchauffement climatique.

On a trop fait bouillir ses océans et fondre ses montagnes. On a trop brûlé ses fôrets. 

Alors elle cherche à nous alerter, ou elle veut nous punir. 

Elle choisit sans regarder, impitoyable. 
Elle ne veut rien savoir. 

Et voilà que dans le noir, d’un coup, un soir, 

tu évolues. 


Tu deviens autre, tu te mêles à d’autres vivant.es et iels deviennent toi. 

Vous échangez vos caractéristiques par intuition, théorie et pratique. 

Vous apprenez à vous connaître. 
L’animal.e et l’humain.e. 
Connecté.es. 

Enfin relié.es par la vérité biologique qui casse les frontières.
Qui libère des catégories. 
Qui crée des croisements interspécifiques comme par magie. 

L’arbre phylogénétique c’est de l’histoire ancienne. 

Bienvenue dans l’univers des hybrides.


Parfois, ce sont des plumes qui poussent sur ses omoplates. 
Parfois son nez s’allonge en museau amusé ou bien en bec affûté. 
Parfois sa peau se couvre d’écailles iridescentes.
Ou ses doigts se profilent en griffes. 
La crinière longue, l’équilibre d’un héron.
Une carapace. Une pince de crabe.
Le pelage tacheté. 


Te voilà ange choisi d’une nature nouvelle, d’un printemps si abyssal qu’il en oublie l’humain.e. 

Toi aussi peu à peu tu commences à comprendre.

Tu ne penses plus à ta direction. 

Tu la sais, tu la sens. 


Tu attends de changer encore. 


Tu sais que ça arrivera. 


Que la Nature n’en a pas fini avec toi. 


Que tout se transforme parce que tout est là. 














©ellislaurens2024
EAS ED APESA