Elektrokairomone IA5’02”2025
Elektrokairomone est une vidéo expérimentale de 5 minutes adressant la question du rapport que nous entretenons avec la technologie, vu sous le prisme du désir. Le désir de posséder, le désir d'appartenance, le désir d'être soutenu.e. Le numérique et les objects techniques répondent à nos besoins et à nos envies, et c'est en ce sens que l’on peut considérer qu'iels se substituent à une relation, établissant alors une analogie entre romantisme et nouvelles technologies. Dans les récits et notre imaginaire collectif, les technosciences représentent une preuve du progrès technique, une manière d'évoluer, un horizon futur souhaitable, au sein duquel on ne ferait plus qu’un avec la technologie, en suivant les objectifs des préceptes transhumanistes (intelligence artificielle, environnements virtuels, digitalisation des échanges et des pratiques…). Dès lors, nous avons une tendance à romantiser et à désirer la technologie, sous ses formes et symboles multiples. Ce lien est ici représenté sous la forme d’une vidéo reprenant des visuels de robots, de schémas, de cables, de code et autres méta-objets techniques glanés sur internet, agencés au sein d’un montage en surimpression, créant un écosystème visuel tant glitché qu’harmonieux. Un texte défile à l’écran, exposant les pensées d’une subjectivité anonyme, qui tantôt décrit ses rapports avec un.e automate sexuel.le, tantôt nous fait part de ses réflexions quant au désir de technologie qui nous habite, sur un ton mi-théorique, mi-poétique. De manière sous-jacente, ce désir est illustré par un phénomène d’érotisation de la technologie, par des images pornographiques générées par intelligence artificielle et glissées dans le montage, apparaissant sous la forme de réminiscences subliminales. Ce projet parle donc de la suite logique désir - romantisation - érotisation que l’on peut ressentir vis-à-vis de la technologie comme la métaphore d’un besoin viscéral de sa présence dans nos vies, nos échanges et nos corporalités.
“Ce film nous éprouve, nous fatigue, nous impose une surcharge, un rythme qu’on essaie de rattraper en vain. Le son qui frappe, l’image épileptique, le code qui s'ajoute à un texte qu’on ne peut totalement suivre, par sa cadence. Ce film nous place dans une lutte continuelle pour suivre son souffle… et qui nous le coupe. On est pris dans ce mouvement, sans totalement y accéder, mais en luttant pour y entrer. Le film nous impose un rythme que nous ne pouvons objectivement pas suivre mais nous sentons une certaine injonction à nous y plonger. Et pourtant c’est ça qui en fait sa force. On est impactés, pris aux tripes, et on rentre dans une transe qui nous rend extrêmement sensible aux bribes de compréhension qu’on aura de ce texte.
On pourrait y voir le discours sur un monde, une société où nous sommes constamment dans la volonté d’adhérer, de faire corps avec un rythme qui nous est imposé, et qui suit une entropie semée par nous-mêmes… mais que notre biologie elle-même ne nous permet pas de suivre.
D’un autre côté, ce récit spéculatif nous transmet les paroles d’un.e cyborg, déjà augmenté.e et dans un désir de la machine, qui n’est définitivement pas dérangée par le rythme et le parallélisme de toutes ces informations.
La kairomone est une substance chimique produite par du vivant et libérée dans l’environnement qui peut déclencher un comportement bénéfique ou nuisible à l’espèce réceptrice. Cette ambivalence dans la relation humain-machine que transmet la notion de kairomone relève peut-être d'une réalité plus pragmatique, là où la symbiose considère une totale imbrication et harmonie entre les deux, une utopie peut-être vaine.”
- Matéo Picard et Dorian Vernet, lors de la séance Désir Cyberload au Charbon Collectif, 02.10.25